Sauvons Notre-Dame

“Notre chère cathédrale est à genoux. Nous savons bien qu’elle est bien autre chose qu’un tas de pierres. Toutes les réactions du monde entier le montrent. Car quelle est la différence entre un tas de pierres et une cathédrale ? C’est la même différence qu’entre un amas de cellules et une personne humaine. Un tas de pierres et un amas de cellules ne sont qu’un amoncellement informe. Dans une cathédrale ou une personne humaine, il y a un principe d’organisation, un principe d’unité, une intelligence créatrice. L’autre chose qui unit la cathédrale et la personne humaine, c’est l’onction qu’elles peuvent recevoir pour manifester une transcendance, une présence divine qui leur confère un caractère sacré.

Notre cathédrale Notre-Dame de Paris a reçu l’onction. En effet lors de son édification, l’autel a été chrismé, enduit de saint chrême. L’autel est le signe de la présence mystérieuse de Dieu, comme celui que Jacob construisit après sa vision des anges qui montent et descendent des cieux. Il appela ce lieu Béthel, qui signifie la maison de Dieu. L’autel, en effet, représente la présence de Dieu. La chrismation que nous faisons sur l’autel signifie la présence du Christ. Voilà pourquoi les prêtres le vénèrent en l’embrassant car c’est sur lui que se réalise le Saint Sacrifice rendu présent à chaque messe et qui sauve les hommes par le don d’amour que le Christ a fait une fois pour toutes sur la croix. C’est ce chemin de Pâques que nous célébrons à chaque Eucharistie : la mort et la Résurrection du Seigneur Jésus.

Les croix de ses murs ont été elles aussi enduites de cette huile sacrée, de cette huile que nous allons maintenant consacrer. Cette cathédrale est habitée par un peuple. Mais elle n’est pas seulement habitée par ceux qui prient ou qui la visitent. Elle est le vaisseau d’une présence. Elle est la maison de Dieu et c’est pourquoi elle est la maison de tous.

Mais nous savons surtout que notre Église, ce sont les pierres vivantes qui ont reçu l’onction. Ce peuple de fidèles qui, eux aussi, savent qu’ils sont le vaisseau d’une présence. Saint Paul le rappelle quand il dit aux chrétiens : « C’est vous le Temple de Dieu ».

Nous allons rebâtir la cathédrale. L’émotion mondiale, l’extraordinaire élan de générosité qu’a suscité l’incendie qui l’a en partie détruite, va nous permettre d’envisager son relèvement, nous pourrions parler en ces temps de Pâques de résurrection certaine. Mais il nous faut aussi relever l’Église. Que tous les baptisés qui ont reçu l’onction du Christ, prêtre, prophète et roi, retrouvent la ferveur de leur commencement, revivent de l’extraordinaire grâce qu’ils ont reçue un jour en devenant enfants de Dieu. Il faut aussi que l’onction qu’ils ont reçue à la Confirmation manifeste ce don plénier de l’Esprit saint qui est l’expression même de l’amour de Dieu. Elle doit les remplir de joie afin qu’ils construisent autour d’eux la civilisation de l’amour.

Que les prêtres, dont les mains qui touchent le corps et le sang du Seigneur ont été marquées par une onction sacrée, retrouvent le sens profond de cette suite du Christ auquel ils ont donné leur vie pour, comme lui, servir et non pas être servis. Que le seul pouvoir qu’ils possèdent jamais soit celui-là même du Christ qui donne sa vie pour ceux qu’il aime. Je sais, mes frères prêtres, que c’est ce que vous vivez déjà et que c’est cela qui fait votre joie. Et vous, frères diacres, rappelez-nous toujours par votre vie et le don de vous-mêmes dans ce service que nous sommes tous d’humbles serviteurs, en particulier ceux qui ont pour mission de nous guider en étant configurés au Christ Bon Pasteur, c’est-à-dire nous les évêques. Et vous, chers consacrés, soyez les prophètes du monde à venir.

Ensemble, frères et sœurs, avec le don de l’Esprit saint qui nous vient du Père par le Fils, nous rebâtirons notre Église. Confions-nous aussi à Notre Dame qui est toujours debout, même au pied de la Croix, où son fils nous l’a confiée et nous a confiés à elle, la Sainte Vierge Marie, la toute belle : Oui, Notre-Dame de Paris, priez pour nous”.

Mgr Michel Aupetit,
archevêque de Paris
Messe chrismale 17/04/19


https://www.fondation-patrimoine.org

Souscription nationale pour sauver Notre-Dame.

Le P’tit mot de l’Aumônier – avril 2019

Des passages

Ensemble en communauté, nous continuons de vivre ces passages d’un cœur de pierre à un cœur de chair.  Nous célébrons le Christ dont l’amour ne s’épuise pas, ne se lasse pas. Pour chacun, chacune d’entre nous. Il n’abandonne pas ceux qu’il aime et qu’il a sauvés en donnant sa propre vie. Nous savons ce que va faire le Christ dans ces prochains jours : il ira jusqu’au bout du don de lui-même.

Et nous ? Que devons-nous faire ?

Il nous faut imiter notre Seigneur Jésus-Christ en reprenant notre vraie place, pas celle des honneurs mais celle du service. Combien de résistances à combattre en nous pour suivre le chemin du Maître. La place humble du serviteur consiste à imiter le Christ. Il est venu pour servir et non pour être servi. Ici dans notre communauté tant de personnes engagées dans la fidélité à des associations caritatives. Dans l’engagement à accompagner les plus petits. Nous mettre à genoux pour laver les pieds de nos frères en particulier des plus pauvres et des plus petits, nous pourrons le faire lors de la célébration du Jeudi Saint. 

Ces passages que nous vivons et qui sont autant de crises, au sens étymologique de changement nous conduisent au Ressuscité. Je pense à vous qui vous préparez à des départs vers d’autres pays. Ou à vous qui venez d’arriver ici.

Soyons à notre tour des ressuscités!

Des hommes et des femmes vivants debout !

Joyeuses fêtes de Pâques à tous

Père Patrick

Méditation sur la consommation

En cette période de carême, nous sommes en chemin de conversion. Pourquoi ne pas faire ce chemin à la lumière de l’encyclique du Pape sur l’écologie “Laudate Si”. C’est ce que nous propose Aglaé Dehondt avec cette fois-ci une méditation autour de la question de la consommation.

« Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Que si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi » (Mathieu 6, 26-30)

Questions sur nos modes de consommation

Confusion entre le nécessaire et le superflu, besoin toujours plus grand de consommer … nous faisons chaque jour l’expérience que l’accumulation des biens ne signifie en rien une réelle qualité de vie pour nous et pour l’environnement.

Alimentation, énergie, ressources minérales ou biologiques, nos modes de vie sont toujours plus gourmands des ressources de la planète sans que nous en ayons toujours conscience.

Pour transformer notre rapport à la consommation, le pape François nous propose une « croissance par la sobriété ».

Que privilégions-nous dans nos choix de consommation : le «moins cher» ou le «prix juste» (qui tient compte  du respect de la nature et des besoins du producteur)?

Proposition d’effort de Carême 

Je privilégie les produits non emballés, générant peu de déchets, locaux, issus d’un commerce équitable, respectueux de la nature… 

Pour nous aider à méditer

Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. (L.si, 50)

Quand nous pensons à la situation dans laquelle nous laissons la planète aux générations futures, nous entrons dans une autre logique, celle du don gratuit que nous recevons et que nous communiquons. Si la terre nous est donnée, nous ne pouvons plus penser seulement selon un critère utilitariste d’efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel. Nous ne parlons pas d’une attitude optionnelle, mais d’une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront. (Laudato  si, 159)

Il est important d’assimiler un vieil enseignement présent dans diverses traditions religieuses et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que ‘moins est plus ‘. En effet l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le coeur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. 

La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons, ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. (Laudato si, 222)

Méditation sur l’argent

En cette période de carême, le jeûne et l’aumône sont au centre de beaucoup de nos actions. Dans la poursuite de l’encyclique du Pape sur l’écologie “Laudate Si”, qu’elle a présentée au mois de février, Aglaé Dehondt nous propose une réflexion, une méditation autour de la question de l’argent en ce temps particulier.

… Ainsi, quand tu fais l’aumône,
ne fais pas sonner la trompette devant toi,
comme les hypocrites qui se donnent en spectacle
dans les synagogues et dans les rues,
pour obtenir la gloire qui vient des hommes.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
Mais toi, quand tu fais l’aumône,
que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,
afin que ton aumône reste dans le secret ;
ton Père qui voit dans le secret
te le rendra.

Et quand vous jeûnez,
ne prenez pas un air abattu,
comme les hypocrites :
ils prennent une mine défaite
pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
Mais toi, quand tu jeûnes,
parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;
ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes,
mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ;
ton Père qui voit au plus secret
te le rendra. »

Proposition d’effort de Carême 

Lorsque je jeûne, je reverse l’équivalent de mon repas à une association de solidarité.

Je prends le temps de discerner l’usage que je fais et qui est fait de « mon » argent

 Retrouver un bon rapport à l’argent et le considérer comme un moyen et non comme une finalité en soi. 

Questions sur notre usage de l’argent

Quels critères utilisons-nous pour placer notre argent ? Cherchons-nous avant tout le taux d’intérêt le plus élevé ou demandons-nous à qui bénéficie le placement de notre argent ?

Pour nous aider à méditer

« Plus le cœur de la personne est vide, plus elle a besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer. Cela nous rappelle la responsabilité sociale des consommateurs : « acheter est non seulement un acte économique  mais toujours aussi un acte moral ».  (Laudato si 204 et 206)

« Dieu d’amour, …Illumine les détenteurs du pouvoir et de l’argent pour qu’ils se gardent du péché de l’indifférence, aiment le bien commun, promeuvent les faibles, et prennent soin de ce monde que nous habitons.  (Laudato si, prière chrétienne avec la Création)

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Matthieu, 6, 24-34)

Les actions carême en images

Les actions de carême que la CCF organise chaque année ont débuté avec les lycéens et les bricoleurs. L’aumônerie lycée donne quelques cours d’anglais de la maternelle au primaire à l’école CWO qui scolarise des enfants de réfugiés politiques birmans. C’est aussi un soutien plein d’énergie pour les bénévoles qui viennent eux tous les jours.

Le week-end du 9 et 10 mars ce sont les bricoleurs qui ont retroussé leurs manches pour préparer les travaux de peinture de trois foyers d’accueil d’enfants et ados Karunai Illam Welfare Home ; Rumah Kebajikan Anbu Illam ; Foyer Rumah Amal Cheshire.

Les chemins de carême reposent sur 4 piliers dont l’un d’eux est l’aumône, soeur de la prière. C’est le moment ou jamais d’experimenter la joie du service et c’est le sens des actions de carême que met en place la CCF afin d’accompagner ceux qui le désirent sur ce chemin de conversion.

Propositions de retraites et de chemins de conversion

Pour accompagner notre chemin vers Pâques et transformer nos coeurs de pierre en coeurs de chair, nous avons sélectionné quelques possibilités de retraites. A vous de choisir celle qui vous convient le mieux. La liste n’est pas exhaustive, il existe plein d’autres possibilités !

En réponse à l’invitation du Pape de vivre le carême comme une conversion 

La proposition de Franciscains conventuels : “40 jours pour une conversion écologique” 

La proposition du Jour du Seigneur : “LAUDATO SI” PLAIDOYER POUR UNE ECOLOGIE INTEGRALE

Vivre le Carême avec ses enfants

 Pour les plus jeunes : https://fr.aleteia.org/2019/02/26/dix-manieres-de-vivre-le-careme-avec-ses-enfants/utm_campaign=NL_fr&utm_source=daily_newsletter&utm_medium=mail&utm_content=NL_fr

Pour les 10-15 ans : https://hozana.org/communaute/7950-pour-les-10-15-ans-en-route-vers-paques-2019-le-careme/

40 jours pour découvrir que la prière n’est pas compliquée

https://hozana.org/communaute/8055-40-jours-de-priere-pour-decouvrir-dieu

Des méditations en prise directe avec la vie quotidienneh

https://hozana.org/communaute/7946-careme-a-domicile–edition-2019

Le Carême en paraboles

https://hozana.org/communaute/8042-le-careme-en-paraboles-par-le-p-rene-luc

Un pèlerinage spirituel avec les frères de Mondaye

https://hozana.org/communaute/7948-prier-avec-les-religieux-premontres

Vivre une expérience personnelle avec Jésus

https://hozana.org/communaute/8035-communaute-catholique-shalom

Chemin pascal avec Edith Stein 

https://hozana.org/communaute/8079-careme-2019-chemin-pascal-avec-edith-stein

Les conférences de carême à Notre Dame de Paris

Par le Père Guillaume de Menthière (ami du Père Brice TESTU, Père MEP qui est venu prêcher la retraite paroissiale cette année) : https://www.paris.catholique.fr/-conferences-2019-.html

Mercredi des Cendres : message du Pape François

En ce jour d’entrée en Carême, le Pape explique en quoi l’homme peut et doit coopérer à la rédemption de la Création, en rompant avec le péché par le jeûne, la prière et l’aumône. En fin de texte, vous trouverez deux liens proposant une lecture de ce texte.

«La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm 8,19)

Chers frères et sœurs,

Chaque année, Dieu, avec le secours de notre Mère l’Eglise, «accorde aux chrétiens de se préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié» (Préface de Carême 1) pour qu’ils puissent puiser aux mystères de la rédemption, la plénitude offerte par la vie nouvelle dans le Christ. Ainsi nous pourrons cheminer de Pâques en Pâques jusqu’à la plénitude du salut que nous avons déjà reçue grâce au mystère pascal du Christ: «Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance»(Rm 8,24). Ce mystère de salut, déjà à l’œuvre en nous en cette vie terrestre, se présente comme un processus dynamique qui embrasse également l’Histoire et la création tout entière. Saint Paul le dit:«La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm 8,19). C’est dans cette perspective que je souhaiterais offrir quelques points de réflexion pour accompagner notre chemin de conversion pendant le prochain carême.

1. La rédemption de la Création

La célébration du Triduum pascal de la passion, mort et résurrection du Christ, sommet de l’année liturgique, nous appelle, chaque fois, à nous engager sur un chemin de préparation, conscients que notre conformation au Christ (cf. Rm 8,29) est un don inestimable de la miséricorde de Dieu.

Si l’homme vit comme fils de Dieu, s’il vit comme une personne sauvée qui se laisse guider par l’Esprit Saint (cf. Rm 8,14) et sait reconnaître et mettre en œuvre la loi de Dieu, en commençant par celle qui est inscrite en son cœur et dans la nature, alors il fait également du bien à la Création, en coopérant à sa rédemption. C’est pourquoi la création, nous dit Saint Paul, a comme un désir ardent que les fils de Dieu se manifestent, à savoir que ceux qui jouissent de la grâce du mystère pascal de Jésus vivent pleinement de ses fruits, lesquels sont destinés à atteindre leur pleine maturation dans la rédemption du corps humain. Quand la charité du Christ transfigure la vie des saints – esprit, âme et corps –, ceux-ci deviennent une louange à Dieu et, par la prière, la contemplation et l’art, ils intègrent aussi toutes les autres créatures, comme le confesse admirablement le «Cantique des créatures» de saint François d’Assise (cf. Enc. Laudato Sì, n. 87). En ce monde, cependant, l’harmonie produite par la rédemption, est encore et toujours menacée par la force négative du péché et de la mort.

2. La force destructrice du péché

En effet, lorsque nous ne vivons pas en tant que fils de Dieu, nous mettons souvent en acte des comportements destructeurs envers le prochain et les autres créatures, mais également envers nous-mêmes, en considérant plus ou moins consciemment que nous pouvons les utiliser selon notre bon plaisir. L’intempérance prend alors le dessus et nous conduit à un style de vie qui viole les limites que notre condition humaine et la nature nous demandent de respecter. Nous suivons alors des désirs incontrôlés que le Livre de la Sagesse attribue aux impies, c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas Dieu comme référence dans leur agir, et sont dépourvus d’espérance pour l’avenir (cf. 2,1-11). Si nous ne tendons pas continuellement vers la Pâque, vers l’horizon de la Résurrection, il devient clair que la logique du «tout et tout de suite», du «posséder toujours davantage» finit par s’imposer.

La cause de tous les maux, nous le savons, est le péché qui, depuis son apparition au milieu des hommes, a brisé la communion avec Dieu, avec les autres et avec la création à laquelle nous sommes liés avant tout à travers notre corps. La rupture de cette communion avec Dieu a également détérioré les rapports harmonieux entre les êtres humains et l’environnement où ils sont appelés à vivre, de sorte que le jardin s’est transformé en un désert (cf. Gn 3,17-18). Il s’agit là du péché qui pousse l’homme à se tenir pour le dieu de la création, à s’en considérer le chef absolu et à en user non pas pour la finalité voulue par le Créateur mais pour son propre intérêt, au détriment des créatures et des autres.

Quand on abandonne la loi de Dieu, la loi de l’amour, c’est la loi du plus fort sur le plus faible qui finit par s’imposer. Le péché qui habite dans le cœur de l’homme (cf. Mc 7, 20-23) – et se manifeste sous les traits de l’avidité, du désir véhément pour le bien-être excessif, du désintérêt pour le bien d’autrui, et même souvent pour le bien propre – conduit à l’exploitation de la création, des personnes et de l’environnement, sous la motion de cette cupidité insatiable qui considère tout désir comme un droit, et qui tôt ou tard, finira par détruire même celui qui se laisse dominer par elle.

3. La force de guérison du repentir et du pardon

C’est pourquoi la création a un urgent besoin que se révèlent les fils de Dieu, ceux qui sont devenus “une nouvelle création” : «Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né» (2 Co 5,17). En effet, grâce à leur manifestation, la création peut elle aussi «vivre» la Pâque: s’ouvrir aux cieux nouveaux et à la terre nouvelle (cf. Ap 21,1). Le chemin vers Pâques nous appelle justement à renouveler notre visage et notre cœur de chrétiens à travers le repentir, la conversion et le pardon afin de pouvoir vivre toute la richesse de la grâce du mystère pascal.

Cette“impatience”, cette attente de la création, s’achèvera lors de la manifestation des fils de Dieu, à savoir quand les chrétiens et tous les hommes entreront de façon décisive dans ce “labeur” qu’est la conversion. Toute la création est appelée, avec nous, à sortir «de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu» (Rm8,21). Le carême est un signe sacramentel de cette conversion. Elle appelle les chrétiens à incarner de façon plus intense et concrète le mystère pascal dans leur vie personnelle, familiale et sociale en particulier en pratiquant le jeûne, la prière et l’aumône.

Jeûner, c’est-à-dire apprendre à changer d’attitude à l’égard des autres et des créatures: de la tentation de tout “dévorer” pour assouvir notre cupidité, à la capacité de souffrir par amour, laquelle est capable de combler le vide de notre cœur. Prierafin de savoir renoncer à l’idolâtrie et à l’autosuffisance de notre moi, et reconnaître qu’on a besoin du Seigneur et de sa miséricorde. Pratiquer l’aumône pour se libérer de la sottise de vivre en accumulant toute chose pour soi dans l’illusion de s’assurer un avenir qui ne nous appartient pas. Il s’agit ainsi de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur.

Chers frères et sœurs, le «carême» du Fils de Dieu a consisté à entrer dans le désert de la création pour qu’il redevienne le jardin de la communion avec Dieu, celui qui existait avant le péché originel (cf. Mc 1,12-13; Is 51,3). Que notre Carême puisse reparcourir le même chemin pour porter aussi l’espérance du Christ à la création, afin qu’«elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, puisse connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu» (cf. Rm 8,21). Ne laissons pas passer en vain ce temps favorable! Demandons à Dieu de nous aider à mettre en œuvre un chemin de vraie conversion. Abandonnons l’égoïsme, le regard centré sur nous-mêmes et tournons-nous vers la Pâque de Jésus: faisons-nous proches de nos frères et sœurs en difficulté en partageant avec eux nos biens spirituels et matériels. Ainsi, en accueillant dans le concret de notre vie la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, nous attirerons également sur la création sa force transformante.

Du Vatican, le 4 octobre 2018,
Fête de Saint François d’Assise.

FRANÇOIS

Article Vatican News 

https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2019-02/pape-francois-message-careme-redemption-creation-fils-de-dieu.html

Article Eglise et Ecologies

Le p’tit mot de l’Aumônier – Mars 19

Nous entrons en Carême dans un contexte difficile pour les catholiques du monde entier. Avec les scandales d’abus sexuels au sein de l’Eglise et les nouvelles révélations qui s’ajoutent successivement aux précédentes, ce n’est pas seulement l’institution qui traverse une crise profonde mais notre foi, notre espérance qui sont secouées. Comment garder le cap ? Si nous sommes désabusés, révoltés, sous le choc, comment aborder le Carême ?
Les mots de Jean-Pierre Denis dans son éditorial pour La Vie nous ont fait beaucoup de bien. je souhaite les partager avec vous. Père Patrick.

Courage, chrétiens !

L’Église catholique est une institution corrompue. Si cette phrase vous réjouit, c’est de mauvais augure. Vous n’attendez rien de Rome. Tout ce qui peut contribuer à affaiblir son influence vous paraît bon à prendre. Si ma phrase vous choque, en revanche, c’est bon signe. Vous êtes attaché à l’Église. Vous êtes reconnaissant pour le bien qu’elle répand et pour ce qu’elle transmet. Peut-être même avez-vous donné votre vie en répondant à son appel. Alors que vous l’aimeriez parfaite, la crise actuelle vous oblige à sortir de l’idéalisation infantile. Vous découvrez une institution faite de chair, de grandeur et d’ombres. Vous voici déstabilisés, dégrisés, désillusionnés. C’est pénible. Et c’est bien.

Certes, pour nous tous, pauvres brebis, c’est un choc, de l’incrédulité, de la colère, tant la descente semble sans fin et sans fond. Mais tout ce qui peut nous faire passer du papisme et du cléricalisme au christianisme est salutaire. Tout ce qui peut faire sauter le vernis de l’hypocrisie et les dorures de l’idolâtrie mérite nos « amen ». Que les attaques soient malveillantes ne change rien : un chrétien ne doit pas avoir peur de la vérité, qui rend libre. « Notre rapport avec le vrai passe par les autres. Ou bien nous allons au vrai avec eux, ou ce n’est pas au vrai que nous allons. Mais le comble de la difficulté est que, si le vrai n’est pas une idole, les autres, à leur tour, ne sont pas des dieux », écrivait Merleau-Ponty.

« POUR NOUS TOUS, PAUVRES BREBIS, C’EST UN CHOC (…)  MAIS TOUT CE QUI PEUT NOUS FAIRE PASSER DU PAPISME ET DU CLÉRICALISME AU CHRISTIANISME EST SALUTAIRE. (…) UN CHRÉTIEN NE DOIT PAS AVOIR PEUR DE LA VÉRITÉ, QUI REND LIBRE. »

Il faut donc accueillir positivement les critiques, sans se prendre dans le filet de la manipulation. De même, que l’Église soit plus médiatiquement bombardée que d’autres institutions ne l’exonère en rien. Un chrétien doit savoir que la corruption du meilleur engendre le pire. L’Église devrait même remercier ses ennemis. D’abord parce que, grâce à eux, elle fera moins la morale. Ensuite parce que, sans y être forcée, une institution ne change jamais. La preuve, la nôtre a mis des décennies à écouter et à respecter les victimes, pourtant toutes issues de ses rangs et croyants sincères.

Pour nous guérir du mal actuel, diagnostiqué depuis déjà 20 ans, il faudra plus de temps qu’on ne l’aurait cru. Sans doute plusieurs pontificats, comme dans toutes les grandes crises. L’histoire nous invite à la sérénité, l’expérience, à la patience et la foi, à l’espérance. Au fil des siècles, des voix fortes se sont toujours élevées pour forcer à la réforme. Pour faire vite, citons Bernard de Clairvaux au XIIe siècle, Catherine de Sienne au XIVe, Martin Luther au XVIe, sans parler de Molière et son Tartuffe au XVIIe… Car cela se passe et se passera toujours comme ça, de déclin en réveil, de profiteurs en prophètes, de salauds en sursauts. Des batailles sont remportées, mais la guerre n’est jamais finie. Elle ne peut l’être. Tant qu’il y aura des hommes, il y aura de la tentation, de la trahison et du péché. Mais sur le fumier naissent les saints.
Il faudra plus de temps qu’on ne l’aurait cru. Sans doute plusieurs pontificats, comme dans toutes les grandes crises.

« IL FAUDRA PLUS DE TEMPS QU’ON NE L’AURAIT CRU. SANS DOUTE PLUSIEURS PONTIFICATS, COMME DANS TOUTES LES GRANDES CRISES. »

Alors, oui, courage, chrétiens ! J’écris « courage, chrétiens ! » et non « courage, catholiques ! », car l’Église romaine n’a malheureusement pas l’exclusivité de la honte. Courage car, lorsqu’on passe du déni au soin, on est déjà en progrès. Courage, parce que l’Église que nous aimons demeure, celle des petits curés, celle des milliers de religieuses, de moines et d’évêques, celle de centaines de millions de fidèles qui font du mieux qu’ils peuvent. Courage, parce que l’Église, c’est l’institution qui lutte contre les cleptocrates d’Afrique, qui accueille les prostituées, les migrants et les gens de la rue, qui vit de l’Évangile et qui transmet la foi, qui bénit les vivants et qui accompagne les mourants. Courage, enfin et surtout, parce que Pierre restera Pierre. Et sur cette pierre, les portes de l’enfer ne prévaudront pas.

Jean-Pierre Denis,
directeur de la rédaction de La Vie

Article publié le 19/02/2019 sur lavie.fr

Proudly powered by WordPress | Theme: Baskerville 2 by Anders Noren.

Up ↑